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André KERTESZ
(1894-1985)
La vie et l'oeuvre d'André Kertész se confondent en trois périodes distinctes. D'abord en Hongrie, pays de naissance, où il découvre la photographie de façon instinctive et passionnée. Ses proches, la vie quotidienne, lui fournissent ses premiers sujets dans lesquels se dégagent déjà l'expression d'une légèreté de l'existence, d'une liberté du corps. Mobilisé dans l'armée austro-hongroise pendant la Grande Guerre, il photographie ses camarades de régiment, au front comme lors de sa convalescence après sa blessure.
Une petite notoriété locale qu'il souhaite faire fructifier le pousse à tenter sa chance à Paris. En 1925, Kertész rejoint la diaspora des émigrés hongrois. S'ouvre alors le deuxième temps de sa carrière. Il travaille régulièrement pour les grands noms de la presse illustrée, alternant portraits d'artistes et reportages. Une première exposition le consacre en 1927 à la galerie Le Sacre du Printemps. En 1928, il est un des premiers à faire l'acquisition de ce nouvel appareil, petit et maniable : le Leica.
En 1933 il réalise une série surprenante de nus féminins, saisis dans le reflet d'un miroir déformant : Les Distorsions.
Sa réputation établie et sans doute l'imminence du prochain conflit incitent Kertész à accepter un contrat aux Etats-Unis pour le compte de l'agence Keystone à partir de 1936. S'ensuit une période peu propice à la créativité hormis les photographies personnelles mélancoliques prises de sa fenêtre ou les évocations d'une liberté perdue entre l'orthogonalité des buildings. Ce troisième temps le mène à un relatif oubli jusqu'à ce qu'une exposition à la Bibliothèque Nationale de France en 1963 le remette en lumière. Construite au fil de la vie, l'oeuvre d'André Kertész, bien que parfois syncrétique, marque une profonde défiance vis-à-vis des doctrines. Eloigné du pictorialisme, utilisé par les surréalistes sans pour autant qu'il manifeste une adhésion au mouvement, il ne consent à définir sa photographie que comme réaliste. Certaines constantes, empathie pour autrui, légèreté, sensualité, transparaissent pourtant. Son influence sur toute une génération de photographes qui lui succède est déterminante.