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Surréalisme
Le surréalisme, mouvement de l'entre-deux-guerres formé autour d'André Breton, dénonce le rationalisme de la fin du XIXème siècle. Officiellement né en 1924 après s'être détaché du dadaïsme, il est d'abord d'essence littéraire, avant de s'étendre aux arts plastiques. Les surréalistes revendiquent un langage artistique exercé sans contrôle, par " automatisme psychique pur ", et inventent des techniques visant à reproduire les mécanismes du rêve. De Paris, ce mouvement essaimera ensuite dans le monde entier.
La photographie fut adoptée par un grand nombre de surréalistes, l'acte de voir étant au centre de leurs préoccupations. Elle ne fut pourtant que très rarement théorisée dans leurs écrits.
Le groupe et l'action collective sont des idées fondatrices de ce mouvement, comme en témoigne la multitude d'images en réunissant tous les membres, parfois dans un esprit cocasse. Le photomaton, arrivé en Europe en 1927, fut également abordé comme un objet ludique, tout en étant proche de la notion d'automatisme chère aux surréalistes. C'est effectivement par son aspect mécanique et automatique que la photographie devint l'outil privilégié du mouvement, et la source de nombreuses expérimentations.
Fascinés par les sciences, les photographes s'autorisent toutes sortes de manipulations techniques. Man Ray est marqué par les premières expériences de Christian Schad. Ses photogrammes, baptisés Raoul Ubac, et la solarisation, qui consiste à faire réintervenir la lumière dans le laboratoire, seront fréquemment utilisés comme des moyens de subvertir la perception des images. Pratiqué par Dora Maar, Jindrich Styrsky ou encore Georges Hugnet, le photomontage (ou photocollage) permet, par des associations incongrues, de leur donner un sens nouveau.
Le but de ces artistes, attachés à l'onirisme et au merveilleux, est de rendre visible la part d'invisible du monde. À la prise de vue, ils utilisent des procédés variés pour révéler " l'inquiétante étrangeté " du monde environnant, voyant en Eugène Atget, mort en 1927, un précurseur de cette révolution. Ils traduisent en image leur goût des atmosphères mystérieuses et leurs expériences d'hypnose et de médiumnisme. Roger Parry crée des compositions insolites, qui visent à représenter l'état de rêve. Brassaï révèle, dans ses photographies du Paris nocturne, la tension énigmatique qui règne dans les rues. Les mises en scène photographiques, proches du théâtre, sont également nombreuses. Ces images artificielles et souvent absurdes mêlent le réel et l'illusion.
Beaucoup de travaux surréalistes ont une dimension érotique, adoptant parfois le corps féminin pour seul sujet, comme chez Lucien Lorelle. André Kertesz, dans la série des Distorsions réalisée en 1932, transforme le corps de ses modèles à l'aide de miroirs déformants. Hans Bellmer, qui photographie sa première poupée en 1933, cherche à matérialiser l'image du désir et du fantasme. L'autoportrait, autre rapport à la figure humaine, est également très prisé. Claude Cahun en a fait l'essentiel de son oeuvre, questionnant tout au long de sa vie la notion d'identité.
En isolant des éléments et en créant des jeux d'échelle, le gros plan et le recadrage permettent de voir le réel de façon inédite. Les orteils photographiés par Jacques-André Boiffard ou les entrailles d'animaux représentées par Wols montrent que le merveilleux, révélé par la photographie, peut se trouver dans la banalité et la trivialité. Les instants surréalistes photographiés par Henri Cartier-Bresson, ou la série sur les abattoirs de la Villette d'Eli Lotar sont autant d'images évoquant l'alliance du fantastique et du quotidien.
Les images surréalistes, diffusées auprès d'un large public par leur utilisation fréquente en publicité, ont parfois porté un fort message politique et contestataire, dénonçant l'émergence des idéologies totalitaires.
Si la Seconde Guerre mondiale disperse les artistes du mouvement, certains photographes reprendront leurs appareils par la suite, mais la période d'effervescence de cette avant-garde est terminée.