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Architecture
La " première expérience réussie de fixation permanente d'une image de la nature ", tel qu'il est écrit au dos du Point de vue du Gras réalisé en 1826 par Nicéphore Niepce, est une vue de la demeure bourguignonne du photographe. Dès les premiers essais de photographie, l'architecture est un sujet de prédilection car bien adapté aux premiers procédés techniques, qui demandaient un très long temps de pose - et donc des sujets parfaitement immobiles.
Or, le XIXe siècle est également celui de la naissance de la notion de patrimoine. Dans son discours de 1839, Arago invitait les photographes à " copier temples, pyramides et monuments antiques afin d'en diffuser l'image au plus grand nombre ". Outre les campagnes " exotiques " à l'étranger, la Mission Héliographique, commanditée en 1851 par la Commission des Monuments Historiques à cinq photographes (dont Henri Le Secq, Edouard Baldus, Gustave Le Gray), vise à constituer un inventaire objectif et documentaire des monuments de France.
Mais la photographie ne se limite pas à recenser l'ancien et va rapidement se faire le vecteur de la modernité. Un premier contact entre architecture de fer et photographie, deux techniques en plein essor, s'établit au milieu du XIXe siècle. Les photographes se passionnent dès lors pour des chefs-d'oeuvre métalliques, relevant parfois plus de l'ouvrage d'art que de l'architecture, tels la Tour Eiffel, le Crystal Palace de Londres ou, plus tard, le pont transbordeur de Marseille.
Au début du XXe siècle, Eugène Atget photographie le vieux Paris, pointant ce qui ne va pas tarder à disparaître et annonçant l'émergence d'une ville nouvelle. La photographie accompagne les grandes villes du monde dans leurs mutations. A New-York, les pictorialistes de la Photo-Secession développent une nouvelle vision de la ville moderne à travers leur esthétique symboliste, qu'ils abandonnent ensuite pour la straight photography, incarnée par Paul Strand.
En Europe, les prémices d'un renouveau se dessinent au Bauhaus. La photographie d'architecture s'y affranchit d'une partie de ses fonctions descriptives au profit d'une vision plus personnelle et de jeux graphiques. Germaine Krull s'inscrit dans cette lignée dès ses premières créations. André Kertesz, de Paris à New-York, fut l'un des principaux acteurs de l'avant-garde photographique. Ses reportages ne sont pas une description pittoresque de ces villes, mais une suite de " points de vue " subjectifs.
A partir des années 1920 certains photographes utilisent la photographie comme un outil scientifique, introduisant une distance par rapport à leur sujet. Tel est le travail rigoureux d'Albert Renger-Patzsch, père de la Nouvelle Objectivité. Dans cet esprit radical, Walker Evans photographie de 1935 à 1938 de nombreuses architectures vernaculaires pour la Farm Security Administration. L'oeuvre la plus accomplie de ce style documentaire est sans doute celle de Bernd et Hilla Becher, dont les séries, proches de véritables études scientifiques, donnent un témoignage de l'architecture à l'ère industrielle.
Aujourd'hui la photographie d'architecture, souvent esthétisante, trouve place dans des revues spécialisées. Au-delà des usages professionnels qu'en ont les architectes, certains photographes ont cependant inscrit leurs travaux dans un champ original, quittant le regard documentaire pour une dimension souvent fictionnelle ou relevant de l'étrange. Les expériences éphémères dans des lieux abandonnés de Gordon Matta-Clark, celles - moins tragiques - de Georges Rousse, les Compositions architecturales à partir d'objets dérisoires de Christian Boltanski, la prolifération d'unités mobiles proposée par Alain Bublex comme solution à la crise du logement... tant de travaux qui offrent une véritable réinterprétation de l'architecture par la photographie.