En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez les cookies.

Lucien Clergue

Lucien Clergue (1934-2014)

Lucien Clergue nait en Arles en 1934. Il pratique le violon, puis au sortir de la guerre, découvre la photographie. Dans sa Camargue natale, aux accents néo-réalistes, triangulée entre Arles, Salins-de-Giraud et les Saintes-Maries-de-la-Mer, Lucien Clergue photographie la ville meurtrie par les bombardements et ce que le Rhône charrie de corps d’animaux arrachés à la vie, limon organique rendu à la terre sous la forme expressive de cadavres.
Une carrière d’artiste est souvent subordonnée à une rencontre. Celle qui fait le destin de Clergue photographe se produit le 5 avril 1953. La féria d’Arles est un rendez-vous que le monde des arts et des lettres ne manque pas d’honorer. Sur les gradins des arènes se pressent Cocteau, le cinéaste Georges Clouzot, Ernest Hemingway, venus applaudir les corridas des géants de la tauromachie que sont Ordoñez ou le bel ombrageux Dominguin. Au culot, le jeune Lucien Clergue aborde Picasso et lui tend un jeu de ses photographies. Adoubement de l’élève par le Maître ? Pacte spontané entre le Rayonnant et le Magnétique ? L’accueil du peintre est bienveillant et s’ensuit une amitié complexe mais indéfectible, nourrie de centaines de clichés dans l’intimité des deux artistes.
Clergue reçoit volontiers l’influence du peintre, travaille d’arrache-pied, infusant dans sa photographie les thèmes de l’Arlequin, déguise des enfants en saltimbanques, citant ainsi la période rose du génie espagnol dans un corpus intitulé La Grande Récréation. En retour Picasso lui ouvre les portes de ses amis, Jean Cocteau au premier chef.
Cet état de grâce se cristallise pour Lucien Clergue par l’illustration des poèmes de Paul Eluard dans l’ouvrage Corps Mémorables, publié chez Seghers en 1957. Cocteau signe la préface, Picasso le dessin de couverture, complétant ce que Clergue lui-même appelle le ” carré d’as “.
Cette parution révèle le nouveau grand sujet du photographe, le nu féminin dans la lumière solaire, qu’il décline sur les plages environnantes, sculptant les corps et les ombres, opérant la fusion de la chair, de la mer et du sable. Si les clichés d’animaux des débuts pouvaient évoquer Frederick Sommer, cette fois, ce sont les californiens Minor White ou le groupe f/64, Edward Weston et sa muse Charis Wilson, Ansel Adams, qui font écho à l’oeuvre de l’arlésien.
En 1961, Edward Steichen organise une rétrospective de Clergue au Moma de New York. Le parallèle entre les deux hommes ne s’arrête pas à la simple pratique de la photographie. L’un comme l’autre en sont les inlassables promoteurs, oeuvrant pour une reconnaissance et une considération du médium en tant qu’art loin d’être acquise. Ainsi Clergue est à l’origine, avec son ami Jean-Maurice Rouquette, de la création de la collection photographique du musée Réattu. En 1969, les deux hommes, accompagnés de Maurice Tournier, posent les bases d’un festival dédié, les Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles. Convaincu de l’importance de l’enseignement, Clergue contribue à l’implantation dans sa ville (1982) de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie.
Enseignant lui-même, titulaire d’un doctorat soutenu exclusivement avec des photographies et une préface de Roland Barthes en 1979, nommé chevalier de la Légion d’honneur en 2003, il est de surcroît élu membre de l’Académie des Beaux-Arts en 2006. Lucien Clergue préserve pourtant une indépendance farouche, privilégiant sa terre d’origine. Ami et un temps impresario du guitariste gitan Manitas de Plata, Lucien Clergue reste fidèle à la culture méditerranéenne. Sa compréhension du monde taurin, théâtre fatal aux acteurs flamboyants qu’il photographie depuis le callejón, l’inscription de ses thèmes dans un cycle, de l’origine à la mort, projette sur son oeuvre une dramaturgie quasi mythologique.