L’autoportrait photographique apparaît dans la continuité des autoportraits picturaux, tout comme le portrait. Hyppolite Bayard fait figure de fondateur du genre. En 1840, sa mise en scène en noyé comporte une signification politique, dans la mesure où il veut ainsi alerter du rejet de sa découverte par l’institution. L’autoportrait permet tant à des peintres qu’à des photographes de questionner leur propre image en se plaçant dans des attitudes où la symbolique occupe une place primordiale. Au tournant du XXème, l’autoportrait s’est largement développé. Prisé par le Surréalisme, le trucage est largement utilisé dans des autoportraits oniriques où l’imaginaire était exalté, comme dans le corps morcelé d’Herbert Bayer. Les avant-gardes, la Nouvelle Objectivité, dans les années 1920, poursuivent les recherches sur la représentation, de manière plus documentaire, des éléments identitaires. Depuis plus d’un siècle, l’autoportrait ne cesse de regrouper des images aux mises en scène les plus naturalistes, aux fantasmes les plus variés. Les travestissements spectaculaires en personnages historiques ou en figures de la féminité de Cindy Sherman et les mises en scène figurant la mort et la renaissance de Dieter Appelt, figurent son développement au cours des années 1970. En plus du visage, d’une partie ou de l’intégralité du corps, l’appareil photo et le miroir sont parfois inclus en tant qu’éléments identitaires prégnants. Dans une rue, Florence Henri se photographie dans un miroir posé au sol, quant à André Kertész, en1927, il photographie l’ombre de son profil et celle de son appareil photo comme une prolongation à son corps. L’autoportrait, à l’instar des portraits du même photographe, reflète ses principaux partis-pris esthétiques. Depuis 1960, l’autoportrait peut constituer l’unique sujet d’une oeuvre, tel John Coplans pour qui les images de son corps vieillissant sont un marqueur des signes progressifs du temps qui passe. Cette tendance actuelle contribue à lui donner une place incontournable dans les recherches plastiques contemporaines, et par conséquent permet aux autoportraits de ne plus être considérés à la marginalité d’une oeuvre.