Humanisme
Les traumatismes psychologiques de la seconde guerre mondiale et le désir de témoigner des dégâts matériels et économiques participent à développer, dans les années 1940, principalement en France, le courant humaniste de la photographie.
Déjà dans l’entre deux guerres, les secteurs de l’édition, de la publicité mais également Le Commissariat au Tourisme et des Organismes Humanitaires telle la Croix Rouge ont d’importants besoins d’images. Pour répondre aux commandes des magazines français (Regards) ou étrangers (Camera, Life), et mieux gérer la diffusion de leurs travaux, des photographes se regroupent en agences (Rapho créée en 1933).
Parmi les plus représentatifs se trouvent Claude Batho, Werner Bischof, Edouard Boubat, Jean-Philippe Charbonnier, Michel Dieuzaide, Robert Doisneau, Izis, Daniel Masclet, Inge Morath, Janine Niepce, Willy Ronis, Yvette Troipoux, Sabine Weiss. Certains d’entre eux participent au ” Groupe des XV ” qui organise sa première exposition en 1946.
Quant aux démarches de Brassaï et d’Henri Cartier-Bresson, elles semblent, paradoxalement convergentes dans les sujets et divergentes sur la forme ; la photographie humaniste est un courant avec des limites variables.
A côté des affinités entre photographes, des liens se nouent aussi avec des poètes comme Aragon, Jacques Prévert. Ces échanges donnent lieu à des ouvrages textes-photos (La Banlieue de Paris de Blaise Cendrars et Robert Doisneau en 1949).
Tous ces photographes, plaçant l’humain au coeur de leur préoccupation, réalisent des portraits en noir et blanc de la misère des bidonvilles, de la dureté des conditions de travail, des revendications sociales, des premiers congés payés, de la femme démunie ou amoureuse…
Nombre d’instantanés montrent la vie quotidienne et les relations sous leurs aspects les plus solidaires, affectueux voire parfois avec une note d’humour. Comme si une situation ne pouvait se montrer que sous son angle le plus heureux.
Selon les sujets alternent des photographies prises sur le vif (particulièrement valorisées dans ce mouvement) et d’autres discrètement mises en scène.
On peut considérer l’exposition ” The Family of Man ” (la Grande Famille des Hommes) conçue par Edward Steichen présentant 530 photographies en 1955 au MoMA (présentée en France en 1957) comme le milieu de ce mouvement qui perdra très progressivement de son importance sous l’influence des mutations sociales.